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Louis Riel (1844-1885)

(Notice de Claude La Charité, Université du Manitoba)

Louis Riel est surtout connu comme le fondateur de la province du Manitoba, à laquelle il a donné le magnifique nom cri de « lieu où souffle l’esprit ». Pourtant, son engagement politique en tant que président du Conseil provisoire de la Rivière Rouge, puis comme insurgé et héraut des Métis, ne doit faire oublier son œuvre de poète. Cette œuvre est d’ailleurs à l’image du personnage public, pétrie de patriotisme métis et canadien-français, de revendications politiques, de mysticisme éclectique et d’idéal fraternel. Volontiers lyrique et inspiré dans son action politique, Riel se montre politique et engagé dans ses poèmes. Peu après la défaite de Batoche et sa pendaison à Regina en 1885, un éditeur montréalais publie ses Poésies religieuses et politiques (1886), en cherchant sans doute à tirer parti de l’indignation très forte qui prévaut alors dans l’opinion publique au Québec, où l’exécution du chef métis est perçue comme une injustice et comme le cran d’arrêt à l’expansion des francophones dans la nouvelle fédération canadienne. En outre, cette pendaison est vue comme la fin, au moins provisoire, du rêve de Riel lui-même qui voulait faire du Manitoba une province sœur du Québec. Les poèmes réunis dans ce recueil ont été rédigés pendant l’exil de Riel aux États-Unis, en particulier au Montana et au Dakota, en 1879. La double inspiration religieuse et politique de ce recueil est emblématique de toute son œuvre. Ainsi, dans « Les harmonies en relief des litanies de saint Joseph », Riel appelle de ses vœux le martyre, signe de sainteté, afin d’être digne du Christ :

          De ma sanctification
Saint Joseph ! élevez vous-même la charpente.
          Achevez la construction
De mon salut. Priez Dieu que je me repente,
Que je sorte du mal dont mes pieds ont la pente.

Soutenez-moi : je veux pratiquer la vertu
Sur le même chemin que Jésus a battu.
Que je sois tout à fait saint, avant que je meure.
Aidez-moi, Saint Joseph ! jusqu’à ma dernière heure.

L’unité du recueil vient de ce que cette sainteté, pour être totalement assumée, doit trouver son aboutissement dans l’engagement politique, en particulier aux côtés des Métis de la future province de la Saskatchewan, où le gouvernement fédéral s’apprête à refaire ce qu’il a déjà fait au Manitoba, à savoir éteindre leurs droits par toute sorte de manœuvres dilatoires. Non seulement ce prolongement du religieux dans le politique assure l’unité du recueil, mais confère de plus un prophétisme tragique aux vers de Riel, qui n’est pas sans annoncer « Le Vaisseau d’Or » d’Émile Nelligan. Ainsi, dans le célèbre poème de conclusion « À Sir John A. MacDonald », Riel appelle à la révolte contre l’impérialisme anglais à la fois les Irlandais, les Métis et les Canadiens français, dans une sainte coalition, capable de faire trembler l’Empire britannique :

Les enfants dispersés de la Nouvelle-France
Ont, sous le joug anglais, trop connu la souffrance
Pour ne pas en vouloir au peuple décrépit
Qui les a gouvernés avec tant de dépit.

Les nombreux rejetons de l’Irlande indomptable
Ne sont pas, sans dessein, dans les Etats-Unis.
Le jour qu’ils se mettront sous un chef acceptable
Et qu’ils voudront marcher dans des chemins bénis,
Les Canadiens-français et les métis sincères
Marcheront avec eux comme avec de bons frères :
          Et sans aucun embarras
          Ils leur ouvriront les bras.

Les autres poèmes de Riel n’ont été réunis que tout récemment, d’abord une sélection dans l’édition des poèmes de jeunesse en 1977, puis l’intégrale dans l’édition critique de ses œuvres complètes en 1985.

 

Bibliographie sommaire

a) œuvres poétiques de Louis Riel

Louis Riel, Collected Writings / Écrits complets, éd. George F. G. Stanley et Claude Rocon, Edmonton, University of Alberta Press, 1985, 5 tomes. (édition bilingue des œuvres complètes ; le tome 4 est consacré aux œuvres poétiques)

_________, Poésies religieuses et politiques, Montréal, s.n., 1886. (disponible sur le site « Notre mémoire en ligne » de la Bibliothèque nationale du Canada : www.canadiana.org)

_________, Poésies religieuses et politiques, fac-similé de l’édition originale de 1886, s.l., Canadiana House, 1970.

_________, Poésies religieuses et politiques, fac-similé de l’édition originale de 1886, Saint-Boniface, Éditions des Plaines, 1979.

_________, Poésies de jeunesse, éd. Gilles Martel, Glen Campbell et Thomas Flanagan, Saint-Boniface, Éditions du Blé, 1977.

Louis Riel et al., Riel en musique, Saint-Boniface, Éditions du Blé, 1985.

Louis Riel, Selected Poetry, éd. Glen Campbell et trad. Paul Savoie, Toronto, Exile Editions, 1993. (anthologie bilingue, nouvelle édition en 2000)

b) ouvrages critiques portant sur Louis Riel

John Michael Bumsted, Louis Riel v. Canada : the Making of a Rebel, Winnipeg, Great Plains Publications, 2001.

Gilles Martel, Le Messianisme de Louis Riel, Waterloo, Wilfrid Laurier University Press, 1984.

Georges F. G. Stanley, Louis Riel, Toronto, Ryerson Press, 1963. (réédition chez McGraw-Hill-Ryerson en 1972 et en 1985)

Ismène Toussaint, Louis Riel : le bison de cristal, Montréal, Stanké, 2000.

 

 

 

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